Acteur pendant quinze ans sous la direction d’Antoine Campo, Georges Bigot, Jean-Louis Bauer, il a d’abord cherché dans le jeu une présence, non une représentation. Puis il est allé ailleurs : Kathakali au Kerala, Topeng à Bali, confrérie soufie à Meknès. Comme si l’acteur devait se confronter à d’autres traditions pour comprendre que le geste peut être un chemin vers l’invisible.
Deux présences fondatrices traversent son travail. Son père, Charles Méla, médiéviste, savant des mythes, lui a légué une manière de tenir ensemble l’érudition et l’intuition. Son frère, mort à vingt-sept ans, a fait du théâtre un lieu de vie inespéré : face à l’irréparable, l’art devient ce lieu où la présence se célèbre jusque dans sa fragilité, où le sang circule comme une preuve que la vie mérite d’être servie.
En 2000, il rencontre Blanche Salant. Quinze ans à apprendre l’analyse-action, héritée de Stanislavski et de Maria Knebel. Il devient pédagogue, forme des comédiens pendant quatorze ans, jusqu’à ce moment où un acteur cesse de « jouer » et devient présent. Il appelle cela « la lumière sans fard ».
La mise en scène vient tard, comme une évidence après la pédagogie. Une amie poète qualifie son travail de mise en être : non pas agencer des signes, mais faire advenir une présence. Depuis 2014, il met en scène Tchekhov, Bergman, Shakespeare, Sophocle, Beckett, Genet, Claudel, en résidence au Mandapa, à Paris. Il y cherche ce qui, dans l’éphémère, pourtant reste.
Joueur d’échecs de haut niveau (norme de Maître international), il a connu aussi les parties dans les parcs, avec des personnes âgées qui n’attendaient plus rien, par n’importe quel temps. Ces heures suspendues, où l’âge, la profession, la culture s’abolissaient, ont été pour lui une autre école de la présence : un voyage immobile, un silence partagé.
Il a collaboré avec des physiciens du CERN, voyagé en Inde, au Maroc, à Bali.
Il dit « j’aime cette vie ». On le croit. Dans chaque texte qu’il monte, dans chaque acteur qu’il forme, dans chaque silence qu’il préserve, et dans cette façon qu’il a de faire du théâtre un lieu où les morts, par l’acteur, peuvent encore parler, et où les vivants se souviennent qu’ils le sont.